Couverture Norwegian avion B737-800 LN-DYA Flickr/Monstermunch

Norwegian, les techniques du low-cost pour les vols long-courriers

Temps de lecture : 6 minutes

Il y a quelques jours la compagnie aérienne Norwegian a fait la une de la presse. La raison de cet entrain? La compagnie a annoncé l’ouverture d’une ligne entre Édimbourg et New York avec un prix d’appel de 65 euros. Alléchant pour les voyageurs européens, déjà habitués de la tarification low-cost grâce à l’essor de compagnies aériennes comme EasyJet et Rynair.

C’est l’occasion de revenir sur la compagnie norvégienne et d’en expliquer rapidement l’histoire et la stratégie actuelle. Loin d’exister depuis la semaine dernière, elle a également participé à l’émergence du modèle low-cost. Cet article va plus loin que la brève relayant l’ouverture d’une ligne et entreprend une présentation plus globale de cette compagnie aérienne low-cost.

Pour les plus pressés, les points importants du modèle de Norwegian sont listés en bas de page.

Les débuts de Norwegian Air Shuttle

Sans être à proprement parler une ancienne compagnie nationale ayant été privatisée, comme c’est le cas d’Air France (l’État français possède encore un peu plus de 17% du groupe Air France – KLM), elle commence son histoire en 1993, comme compagnie aérienne régionale. Son nom de l’époque est Norwegian Air Shuttle (NAS).

Norwegian Air Shuttle F50 at Trondheim / Photo : Jan_Harald_Olsen / Norwegian low-cost

Un avion Fokker 50

Elle est alors partenaire de Braathens, la compagnie domestique norvégienne leader de l’époque. La compagnie aérienne profite de cette alliance et opère entre la capitale, Oslo, et les villes côtières du l’Ouest du pays. À ce moment sa flotte d’avions est composée de Fokker 50, des avions de fabrication néerlandaise économes et ayant pour particularité d’être turbopropulsés (utilisant des hélices).

La coopération entre les deux compagnies dure jusqu’en 2002. Suite au rachat de Braathens par la compagnie suédoise SAS en décembre 2001, les choses se compliquent pour Norwegian qui se retrouve privée de son quasi-monopole sur les routes régionales.

Modernisation et réinvention du modèle à partir de 2002

Pour resituer le contexte, la période est très difficile dans le monde des compagnies aériennes : le 11 septembre 2001 est dans tous les esprits, la hausse des prix du pétrole n’arrange rien.

Ces temps d’incertitudes n’empêchent pas la compagnie norvégienne de réfléchir à son avenir. C’est durant cette période que le renouveau s’opère. Le 1er septembre 2002, Norwegian Air Shuttle prend pour nom de marque Norwegian.

C’est à ce moment qu’elle adopte les codes du low-cost. Elle entre en compétition avec la compagnie SAS, qui vient de lui reprendre ses routes aériennes sans réel préavis. Norwegian se repositionne alors sur les routes régionales les plus fréquentées, et se différencie en proposant des tarifs plus bas que ses concurrents.

Avec une flotte de 6 avions, c’est à peu près tout ce qu’il lui est possible de faire. Ce n’est qu’une transition. Pour se développer, elle mise sur le constructeur américain Boeing et ses avions 737 pour renouveler sa flotte. En commençant par commander le modèle Boeing 737-300 (le modèle 737-500 assurera l’intérim en attendant la livraison des avions par le constructeur, plus de détails ici).

Ces avions vont permettre à la compagnie de s’étendre de la Scandinavie à l’Europe de l’Est avec l’ouverture d’une base à l’aéroport Chopin de Varsovie. Ce modèle d’avion construit pour les vols moyen-courriers s’y prête, ce qui n’était pas le cas des Fokker 50.

En 2007, elle devient la compagnie aérienne low-cost la plus importante de Scandinavie suite au rachat de FlyNordic auprès de la finlandaise Finnair. Cette même année elle commence à penser au renouvellement de ces avions, pour cela elle passe une importante commande : 42 avions Boeing 737-800, un des modèles de dernière génération de la famille des 737.

Plus économe en carburant ce modèle permet de réduire la consommation des avions de 20% pour Norwegian (plus d’explications sur cette page). Pour soutenir son développement (ouverture de 39 lignes au Danemark durant l’année 2009) elle achète de nouveaux avions en 2010 et 2011, 15 à chaque fois.

L’histoire se répète après 2012

Bénéficiaire depuis l’année 2005 et basée dans une zone géographique qui a plutôt bien résisté à la crise financière démarrée en 2008, Norwegian continue sur sa lancée. Elle enchaîne alors les distinctions, qu’elle liste fièrement sur cette page.

L’année 2012 marque l’heure d’un nouveau changement. Elle annonce l’ouverture d’une nouvelle base à l’aéroport Gatwick de Londres, qui ouvrira au printemps 2013. C’est le moyen d’entrer en concurrence directe avec les leaders du low-cost, Ryanair et EasyJet, en venant desservir des destinations de vacances en Espagne, Portugal, France et Croatie.

C’est aussi l’année d’une commande record en Europe : 222 avions pour Norwegian. L’occasion aussi de briser son allégeance au constructeur américain, en achetant pour moitié des avions fabriqués par Airbus, le géant de l’aéronautique européen.

Sans rentrer dans les détails, la compagnie fait alors l’acquisition de 22 Boeing 737-800, 100 Boeing 737MAX et 100 Airbus A320NEO, des modèles connus pour réduire la consommation en carburant, chose d’une grande importance pour le modèle économique de Norwegian.

Norwegian Oslo / Photo : Flickr/Andymarks

Un avion Boeing 737-800

Ces avions sont appréciés des acteurs du low-cost, la flotte de Ryanair est à ce jour entièrement composée de Boeing 737-800, elle sera également renouvelée par des 737MAX, qui permettent des vols plus longs. L’Airbus A320NEO, mis en service plus récemment, est en utilisé par les low-cost AirAsia, Pegasus Airlines et IndiGo pour ne citer qu’eux.

L’utilisation de ces avions très récents, plus économes, est une constante chez les compagnies low-cost de premier plan. L’utilisation d’un seul et même modèle permet encore d’économiser sur la formation du personnel et les frais d’entretien et maintenance.

La suite, cap sur les US à l’aide des nouveaux Dreamliner

Maintenant forte de plusieurs bases en Europe, après celles ouvertes à Londres et plusieurs en Espagne, la compagnie entreprend de conquérir des lignes plus longues au départ de Londres-Gatwick. Norwegian commence alors à desservir les États-Unis, les îles Vierges américaines et Puerto Rico à l’aide de ces Boeing Dreamliner.

Équipée d’avions dernière génération, plus économes, et permettant des vols plus longs, elle devient alors la compagnie ayant la meilleure gestion de carburant sur les routes transatlantiques. Depuis l’été 2016, elle dessert trois destinations américaines depuis Roissy-Charles-de-Gaulle (New York, Los Angeles et Fort Lauderdale, en Floride) en utilisant ses avions Dreamliner.

Carte des destinations de vols de la low-cost Norwegian

Ces économies couplées à de nouvelles ouvertures de lignes dopent la croissance de Norwegian, de décembre 2015 à 2016 elle a transporté 14% de passagers supplémentaires. Cela fait grimper le nombre total de passagers transportés sur les 12 mois à 29,3 millions, ce qui place la compagnie tout juste dans le Top 10 des compagnies européennes.

Au printemps 2017, Norwegian devrait recevoir livraison du successeur du Boeing 737-800 et du Dreamliner, le 737MAX. C’est cet avion qui est censé permettre, en partie, de faire baisser les prix sur les liaisons transatlantiques.

Le modèle de Norwegian en 7 points

Voici une liste des points les plus importants, ceux qui font de la compagnie norvégienne un acteur qui compte dans le transport aérien :

  • Le top management de la compagnie déploie une vision à long terme. Le fondateur de Norwegian, Bjørn Kjos, en est toujours l’actuel PDG. Une similitude partagée avec Ryanair, dirigée depuis 1994 par Michael O’Leary.
  • Comme la majorité des compagnies low-cost, Norwegian facture une multitude de services supplémentaires. Comptez une trentaine d’euros pour un plateau-repas servi à bord de l’avion, 5 euros pour une couverture, des frais pour les bagages en soute, etc. En terme de résultat, la vente de ces extras rapporte 14% des recettes à la compagnie aérienne norvégienne (source : rapport annuel 2015, page 66, note 03).
  • Le renouvellement de la flotte est une priorité. La moyenne d’âge des avions est de 3,6 ans. Chiffre impressionnant pour une compagnie opérant une flotte composée de 119 avions, à l’heure de l’écriture de ces lignes. D’ici à fin 2018, Norwegian va réceptionner 65 nouveaux avions, ce qui ne fera que renforcer l’image d’une flotte récente. Le but est de toujours opérer les avions les plus économes en carburant et configurer les cabines avec plus de sièges que ses concurrents.
  • Norwegian est un nom de marque qui chapeaute en fait 4 compagnies différentes (2 enregistrées en Norvège, 1 en Irlande et la dernière au Royaume-Uni). Les principales raisons sont celles des licences de vols et de la législation encadrant l’emploi. La Norvège n’est pas membre de l’Union européenne, mais signataire de l’accord Open Skies permettant aux compagnies aériennes américaines et européennes d’opérer des liaisons depuis n’importe quel endroit des États-Unis et de l’UE. Une entité norvégienne est autorisée à voler aux États-Unis, l’entité irlandaise l’est aussi après deux ans de blocage par les autorités de régulation américaines (plus d’informations dans cette interview réalisée par Skift).
  • La compagnie profite de son ancrage dans un pays scandinave, la zone ayant bien résisté à la crise financière démarrée en 2008. Côté finances Norwegian utilise un mélange de prêts commerciaux et de crédits-exports. Ce fut le cas pour sa dernière commande (222 avions pour un montant total de 21,5 milliards de dollars), financée par l’Exim (organisme de crédits-exports américain) et des prêts garantis par l’État de Norvège.
  • Régulièrement l’objet de controverses dues à une utilisation de contrats de travail irlandais ou thaïlandais. Concernant les lignes transatlantiques au départ de la France, la compagnie assure employer son personnel de bord sous contrat américain (les bases sont à New York et Fort Lauderdale), les pilotes eux sont européens et tenus de posséder des licences européennes.

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